La charrue est passée par là pour préparer le sol. Geste millénaire et éternel. L’horloge de la terre sonne les saisons. Tracer un sillon nous raccroche à la planète, à notre histoire, et nous propose un espoir de récolte, un futur possible en faisant de nous des vivants qui parcourons le temps.
Un sol labouré est une image de l’essentiel.
Ce gigantesque champ, donné à voir à tous, comme exposé au musée de la vie, semble ne pas avoir d’auteur. Nous ne voyons pas le paysan, l’homme qui a travaillé le sol. Et pourtant il est présent à chaque centimètre de son labeur, mais disparait derrière son œuvre. Clin d’œil étymologique, le mot « Homme » a la même racine latine « Homo », que « Humus » (terre) et « Humilité »…
Les agriculteurs qui dessinent le paysage sont des artistes méconnus.
Cette réflexion m’est venue bien après avoir pris la photo. Ce qui m’a d’abord séduit, c’est la lumière qui créait cette alternance de lignes claires et sombres donnant un aspect graphique puissant à la scène. Et aussi cette rupture dans la direction des sillons, comme si un deuxième horizon, inconnu lui aussi, était suggéré à notre regard. J’aime bien cette idée de pouvoir choisir, de pouvoir inventer les perspectives qui ne sont pas présentes dans l’image.
Un peu comme choisir sa ligne de vie.
Champ labouré – Linselles (59) – Avril 2025