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Choisir le Noir & Blanc

Au cours de mes périples photographiques, je m’amuse souvent à regarder en noir et blanc. A penser valeurs de gris plutôt que couleurs. C’est un long apprentissage. Au temps où j’ai commencé à photographier c’était impérieux, le noir et blanc régnait en maître. Et longtemps, en photo-journalisme ce support est resté naturellement privilégié car beaucoup de parutions étaient en noir et blanc.

J’ai découvert la pratique du laboratoire noir et blanc à quatorze-quinze ans avec mon grand-père d’abord, puis dans le collège où j’étais pensionnaire où il y avait un club photo proposé le jeudi après-midi. A seize-dix-sept ans, grâce à mes jobs d’été, j’ai acheté mon premier labo que j’installais régulièrement dans la salle de bain familiale pour de longs face-à-face avec l’image. Elle apparaissait comme par magie dans le révélateur, sous la lumière rouge de la lanterne de laboratoire. Et puis les papiers étaient magnifiques à l’œil et sous les doigts. Il fallait apprendre à les choisir et à les domestiquer pour qu’ils viennent valoriser telle ou telle image. Le noir et blanc, c’est une culture.

C’est sans doute au cours de ces milliers d’heures de reportage et de laboratoire que s’est installé dans mon cerveau ce petit commutateur qui convertit mon regard en noir et blanc. Ce n’est même pas un effort, c’est devenu une habitude. Certes, aujourd’hui, on n’a plus forcément autant besoin de cette faculté acquise, car les appareils numériques ont un viseur à qui on peut demander un affichage monochrome. C’est beaucoup moins poétique, mais c’est très fonctionnel. L’écran fait la conversion à notre place. C’est une bonne façon d’aborder confortablement une approche du noir et blanc.

Un adulte « moyen » connaît entre 3000 et 5000 mots, mais dans la vie courante il en utilise environ 500. Si on lui dit : « tu dois raconter une histoire avec ces 500 mots » ! Il va dire Ok et s’acquitter de sa tâche assez simplement. Si maintenant on lui dit : « Raconte la même histoire avec 50 mots » ! Il va devoir mieux choisir ses mots car il en a moins à disposition, il va devoir aussi trouver un style différent, plus direct. Se mettre des contraintes, même si ça engendre plus de labeur, conduit à plus de créativité pour faire bien avec peu. Peut-être que sa seconde version de l’histoire sera un poème…

En photographie c’est pareil. Choisir le noir et blanc n’est pas un abandon de la couleur, mais un choix délibéré de ne pas l’utiliser quand elle n’est pas utile. L’image en sort alors plus forte, plus efficace, parce que débarrassée d’un attribut qui la surcharge. Bien sûr cette approche ne convient pas à tous les sujets, il faut apprendre à les détecter.

Et puis, des fois, quand un sujet est subtil et riche en nuances, ce ne sont pas les 50 mots qu’il faudra utiliser, ni même les 500 habituels, mais aller quérir les 3000 ou 5000 si l’on en fait bon usage. Et c’est un bonheur en photographie d’avoir toutes ces palettes à disposition.

Sur la plage de Saint-Malo, un jour de juin en fin d’après midi, j’ai vu cette scène. J’ai tout de suite compris qu’elle tirait sa force de son graphisme. Il s’agissait alors de ne faire rentrer dans le cadre qu’un minimum d’éléments capables de s’équilibrer, et de traiter l’image en noir et blanc pour renforcer le côté graphique.

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