Il y a des scènes dont on ne se lasse pas. Simplement parce qu’elles sont vivantes, qu’elles portent en elles un changement qui renouvelle notre intérêt, suscite une attente, nous fait espérer un dénouement…
La nature possède aussi sa dramaturgie.
J’ai toujours l’impression qu’un paysage est comme l’humanité. Quand on le regarde de loin, il est comme un spectacle qui raconte une grande histoire. Et quand on s’approche pour le détailler, on se rend compte qu’il est composé d’une multitude de petites histoires plus ou moins liées entre elles et qui nous interpellent.
Sur l’île d’Oléron, près de la pointe de Chassiron, cette scène a interrompu un moment ma promenade. Une vague heurte un rocher avec un effet spectaculaire. Alors je m’attarde, je regarde, j’attends la suivante, encore la suivante, encore et encore la suivante qui sera peut-être plus impressionnante.
Et puis, délaissant un peu les gerbes d’eau qui m’avaient attiré au premier regard, j’examine le rocher. Ce n’est pas un rocher ! C’est un morceau de béton, vestige d’un ancien blockhaus du Mur de l’Atlantique.
La scène prend soudain un sens nouveau. Dans ma tête, en un instant, l’eau vivante de la vague devient la liberté qui débarque et affronte le solide envahisseur, déterminé à établir et développer son funeste projet.
J’ai pris cette photo en septembre 2020. Je l’aurais faite aujourd’hui, dans le contexte géopolitique que l’on connait, mon sentiment d’alors s’en trouverait malheureusement renforcé.
L’image a cette force de nous raconter des histoires, de nous faire voyager. Je vous ai livré mon histoire avec cet instant figé. Mais cette photo que je vous confie, vous raconte peut-être à vous, une toute autre histoire.
Alors bon voyage.