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Fratries brisées

Ce jour-là, au Cap-Blanc-Nez, l’horizon est bouché. Le ballet incessant des Ferries anime l’étendue brumeuse. Un vent violent balaye les pâturages. Nous poursuivons un peu le chemin en contrebas pour nous abriter.

Le sentier redescend et, avec lui, notre degré d’enchantement. Quelques kilomètres plus bas c’est Sangatte puis Calais. Des lieux chargés d’une histoire douloureuse et toujours d’actualité. Une histoire dont j’ai eu l’occasion de rendre compte en 2016 à travers différents reportages auprès d’une association qui œuvrait dans ce qu’on appelait à l’époque « La Jungle de Calais », un immense bidonville maintes fois démantelé.

Au cours d’un des tournages, un jeune migrant afghan m’a accompagné jusqu’au Cap-Blanc-Nez. A notre arrivée, l’horizon était parfaitement dégagé et la ligne blanche des falaises de Douvres bien visible. Le jeune migrant m’a dit avec une émotion intense « Mon frère est déjà là-bas ! Demain je vais encore essayer de passer ». Un long silence s’est installé. Le bleu de l’horizon servait d’écran à nos pensées.

Je n’ai jamais oubliée cette rencontre.

Il était une fois deux frères afghans que la folie des hommes a séparés. L’un est à Douvres en Angleterre, l’autre au Cap-Blanc-Nez en France. Entre les deux la Manche.
Il était une fois deux falaises, deux sœurs autrefois siamoises que le chaos de la terre a séparées. L’une est à Douvres en Angleterre, l’autre au Cap-Blanc-Nez en France. Entre les deux la Manche.

L’histoire ne peut pas s’arrêter comme ça. Si la dérive des continents paraît irrémédiable, je veux croire que le rapprochement des hommes, lui, est possible.

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