Depuis des lustres je me dore sur cette plage. C’est la fin de l’été et je me retrouve seul. Les vacanciers se font rares. Bientôt les bouées jaunes qui délimitent la zone de baignade seront retirées. Il ne me reste que mes souvenirs à distiller jusqu’aux prochaines marées humaines.
Pas des souvenirs vagues qui s’évanouissent dans le sable… Des souvenirs marquants.
Ceux des moments de grand soleil où mon granite faisait provision de chaleur, me donnant l’air d’un baigneur replet alangui sur la plage,
Ceux des jours de pluie où ma surface glissante, dégoulinante de tristesse, a fait trébucher plus d’un aventurier,
Ceux des grandes marées, synonymes pour moi de toilette de pied en cap à coup de vagues puissantes et exfoliantes,
Ceux des journées froides et claires qui poussaient les rêveurs à se servir de mon dos comme d’un poste de vigie,
Ceux des jours de pêche à pied où les cris des enfants découvrant un coquillage ou un jeune crabe se mêlaient à ceux des goélands,
Et ceux, plus doux, des soirées tièdes où je servais de banc aux amoureux qui échangeaient des mots tendres devant le coucher du soleil.
Un jour de tempête, une pierre a percuté mon échine, y laissant une trace indélébile. Des promeneurs s’y intéressent parfois, sûrs d’y dénicher quelques vieux souvenirs. Cette brèche dans ma mémoire en a laissé échapper quelque uns. Ils ont été emportés par la brise.
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Rocher – Criel-sur-Mer (Seine Maritime) – 22 août 2026