Il y a des matins comme ça où le froid nous surprend. A peine le nez dehors un paysage métamorphosé nous interpelle. Le blanc prend ses quartiers d’hiver et la mare figée par le gel nous incite à la témérité. Depuis l’enfance ce spectacle produit le même effet. Un rêve de glace, un rêve de glissades !
L’expérience nous a appris, parfois à nos dépends, que le rêve de glace pouvait se fissurer et se transformer en un potentiel « Je me jette à l’eau ». Comme je préfère les bains de pieds chauds, ce jour-là j’ai réfréné mon audace et tenté plutôt une aventure photographique. C’est une autre façon de faire corps avec la nature.
Le soleil est encore bas, l’ombre des arbres se projette sur la surface gelée. La lumière réfléchie est intense. Des animaux plus légers que moi sont passés par là, leurs empreintes en témoignent. Cette patinoire improvisée a été leur terrain de jeux. Il n’y a que cela qui me raccroche à mon rêve de glace. Un déclenchement plus tard ce rêve était là, à partager.
Photographier relève sans doute un peu de cette démarche, me laisser gagner par un rêve qui est un guide émotionnel et simuler un réel en créant une image qui peut aussi parler aux autres. Leur ressenti sera forcément différent du mien parce que nous n’avons pas le même vécu, les mêmes expériences, la même sensibilité aux gens et aux choses.
En ce sens la photographie est comme une glissade entre le rêve du photographe et celui de l’observateur.