Il est des trésors que l’on enfouit dans des caves datant du moyen âge. A Saint-Emilion de profondes galeries regorgent de grands crus attendant leur heure dans des écrins de verre.
J’aime bien l’idée que de précieux cépages, assemblés savamment, habitent un temps ces lieux chargés d’histoire pour vieillir sereinement à l’abri des perturbations du monde, dans des niches calcaire qui ont survécu à la folie des hommes. Je me demande parfois si la pierre des lieux n’est pas de connivence avec la pierre des coteaux où les vignes ont grandi et qu’un dialogue s’installe entre elles.
Quand on les regarde, parfaitement alignées, les bouteilles peuvent faire penser à de simples zéros tracés sur un tableau noir. Mais lorsque l’on s’approche, on s’aperçoit que chaque chiffre dessiné n’est pas nul, il est riche et complexe comme le nectar qu’il accueille. Ici, l’obscurité et le temps sont complices des vignerons pour élaborer un trésor.
Ainsi, quand on ouvre la porte et que les bouteilles s’illuminent, on ne fait qu’alimenter le rêve de chacune d’elles. Sortir de la cave, revêtir une étiquette prestigieuse, faire chambre commune dans un précieux coffret de bois, traverser la ville, la France ou le monde, et déverser son concentré d’amour et de temps à une table de fête*.
Destin fugace, mais combien admirable pour qui sait l’apprécier et le partager.
* Avec modération
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Clos des Menuts – Saint-Emilion – 11 septembre 2020